Naspidwi

La voie du lancer à la mouche

MOSHI-DO

Depuis les temps anciens de nombreux sages et saints ont vécu au bord de l’eau. Quand ils sont sur l’eau ils pêchent non seulement le poisson, mais aussi des hommes et la voie. Ils font encore mieux; ils s’attrapent eux-mêmes à l’hameçon.
En pêchant le pêcheur, ils sont le pêcheur pêché, pêché par la voie.
Dogen 1200-1253 (Fondateur de l’école Soto)

(Territoires affranchis Franc-Al-ôd)

Depuis les temps anciens de nombreux sages et saints ont vécu au bord de l’eau. Quand ils sont sur l’eau ils pêchent non seulement le poisson, mais aussi des hommes et la voie. Ils font encore mieux; ils s’attrapent eux-mêmes à l’hameçon. En pêchant le pêcheur, ils sont le pêcheur pêché, pêché par la voie.

Dogen 1200-1253 (Fondateur de l’école Soto)

Naspidwi Franc al-ôd

Dans la Naspidwi, le dojo de la voie du lancer à la mouche, le territoire est affranchi, un espace libre où l’esprit se détache de toute contrainte, de toute attente. Ici, le pêcheur évolue dans un franc al-ôd, un lieu où l’âme et la nature se rencontrent sans la barrière des jugements ou des objectifs. La Naspidwi devient ainsi un territoire affranchi, où l’on se libère des préoccupations mondaines et des attentes extérieures, pour se plonger dans la pureté du geste. La nature, sans pression, sans contrainte, devient le maître, offrant son enseignement silencieux à travers l’eau qui murmure, les arbres qui frémissent et le vent qui guide la trajectoire de la mouche.

Dans ce territoire affranchi, chaque mouvement du pêcheur, chaque lancer, devient un acte sacré, une forme de méditation où l’âme et le corps sont en parfaite harmonie avec l’instant présent. Le franc al-ôd, cet espace sans domination ni but, est un lieu de connexion profonde avec soi-même et le monde, permettant au pêcheur de cultiver l’équilibre et l’éveil dans sa pratique. Dans la Naspidwi, tout se fusionne dans une unité fluide, où le geste devient la voie et la nature, le maître.

Gya tei, gya tei, HA ra gya tei. Hara so gya tei.  BO ji so waka.

La voie du lancer à la mouche

La voie du lancer à la mouche, dans la perspective zen, va au-delà de la simple activité de pêche. Il devient une forme de méditation en action, où chaque mouvement est une expression de pleine attention et de présence dans l’instant. Comme le kyudo, cette pratique n’est pas orientée vers un objectif extérieur, mais cherche à cultiver l’harmonie entre le corps, l’esprit et l’environnement.

Dans le zen, l’accent est mis sur l’expérience directe et non sur le résultat. Le pêcheur à la mouche se concentre sur la maîtrise du geste, en se détachant de l’ego et des distractions mentales. Le lancer devient une métaphore de la connexion avec la nature et l’instant présent. Chaque geste est un moyen d’approfondir la pratique zen, de se libérer des préoccupations mondaines et de vivre pleinement l’ici et maintenant.

La pêche à la mouche zen, comme toutes les pratiques zen, invite à l’éveil intérieur en se libérant de l’attachement aux résultats, en cherchant la sérénité dans la simplicité de l’action.

La voie du lancer à la mouche sans hameçon

Il existe une pratique qui renonce à la capture sans renoncer au geste.
Une voie où l’on lance sans vouloir prendre,
où la main agit sans posséder,
où le poisson demeure libre, et l’esprit aussi.

La mouche sans hameçon est une offrande.
Elle ne promet rien, n’exige rien, ne retient rien.
Elle touche l’eau comme une pensée traverse l’esprit :
présente un instant, puis dissoute.

Dans cette pratique, le lancer devient l’essentiel.
Le mouvement n’est plus un moyen, mais une fin en soi.
La soie décrit une boucle parfaite non pour tromper,
mais pour s’accorder au vent, au courant, au rythme du vivant.

Pêcher sans hameçon, c’est apprendre à écouter sans saisir.
À observer sans intervenir.
À ressentir la touche sans la transformer en victoire.
Le frémissement du poisson suffit : il est signe de relation, non de domination.

Le pêcheur n’est plus prédateur, ni même acteur central.
Il devient témoin.
Le geste se polit, s’affine, se dépouille.
Chaque lancer est un exercice de présence,
chaque dérive une leçon d’impermanence.

Ici, l’échec n’existe pas.
Il n’y a ni prise manquée, ni journée vide.
Il n’y a que la qualité de l’attention,
la justesse du mouvement,
l’accord fugace entre l’homme, l’eau et l’instant.

La voie du lancer sans hameçon enseigne le lâcher-prise véritable.
Non celui que l’on décide,
mais celui qui s’impose lorsque rien n’est à gagner.
On lance, puis on laisse partir —
comme on respire, comme on vit, comme on meurt.

Et peut-être qu’alors, sans jamais retenir le poisson,
quelque chose de plus vaste est touché :
le geste juste,
le moment pur,
la liberté partagée.