
Dans le monde intérieur du Franc al-ôd, il existe un Territoire que l’on ne découvre pas en marchant, mais en se rappelant de sa Nature.
Ce Territoire n’a ni frontière ni murs : c’est l’espace naturel de l’Esprit, vaste, clair, profond, comme une étendue d’eau vivante qui ne cesse jamais d’être elle-même.
Au début, une lumière apparaît — la conscience attentive.
Elle dit « je ».
Et ce premier « je » cherche une forme à laquelle se relier. Naturellement, il s’attache au corps, comme un marcheur qui, avant d’explorer les plaines libres, doit d’abord sentir la solidité de ses propres pas.
Ce lien est sain : sans lui, nul ne pourrait prendre soin de son existence terrestre.
Mais peu à peu, dans le jeu des impressions, des mémoires, des peurs et des espoirs, cette lumière oublie qu’elle est lumière.
Elle adopte la forme du mental, de ses histoires, de ses ombres.
L’Esprit libre du Franc al-ôd se prend alors pour un personnage réduit, comme une eau d’océan enfermée dans une bouteille échouée sur le rivage.
C’est une belle image :
l’eau dans la bouteille croit qu’elle est la bouteille.
Elle dit « ma vie », « mes limites », « mon passé », et ne se souvient plus de l’immensité dont elle provient.
Pourtant, avant d’être enfermée, elle était l’océan.
Pendant qu’elle est enfermée, elle demeure l’océan.
Et même si la bouteille venait à se briser, elle retournerait simplement à ce qu’elle n’a jamais cessé d’être.
Ainsi fonctionne l’Esprit dans le Territoire du Franc al-ôd :
il n’est limité qu’en apparence.
L’Éveil survient lorsque l’eau se souvient de l’océan.
Lorsque la conscience enfermée dans la forme reconnaît qu’elle n’a jamais été séparée du vaste espace originel.
Elle comprend alors que le mental est un outil, non une prison ; une boussole, non une frontière.
Et que la souffrance naît seulement lorsque l’on confond la bouteille avec l’eau qu’elle contient.
Dans le Franc al-ôd, on dit qu’une vague qui se croit vague vit dans la peur.
Mais une vague qui se sait océan traverse le monde avec sérénité.
Elle comprend qu’elle est éphémère dans sa forme, mais éternelle dans sa nature.
La question devient alors :
comment revenir à cette reconnaissance ?
Comment habiter pleinement le Franc al-ôd intérieur ?
Le chemin commence par un retournement.
On apprend à distinguer, dans le « je » personnel, ce qui relève du mental — histoires, images, rôles — de ce qui relève de la présence vivante.
On dépouille, comme on enlève les couches de poussière qui recouvrent une vieille pierre polie par le fleuve.
On s’approche d’un « Je » plus clair, plus simple, intact.
Peu à peu, la conscience cesse de vivre depuis les frontières du personnage et revient dans le Territoire libre qui l’a toujours portée.
C’est un passage.
Un changement de lieu intérieur.
Un seuil du Franc al-ôd.
Car on commence à voir la vie non plus depuis l’étroitesse du mental, mais depuis la clarté naturelle de l’Esprit.
Et cette clarté ressemble aux grands espaces du Franc al-ôd :
ouverte, intacte, inaltérée.
Là, l’être retrouve sa pleine souveraineté.
Il n’a plus besoin de défendre un rôle ou une identité.
Il devient ce qu’il était avant toute histoire :
un espace vivant, libre, affranchi.
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