

Qui a déjà vu une mouche voler avec un hameçon? Moi jamais!

Les sons de la Naspidwi dans la vallée
sont de longues et vastes prières.
La forme des montagnes sont des corps de pureté
Toute ma vie je les ai entendu.
Comment aujourd’hui pourrais-je les transmettre?

Tu frisonnes sous le vent
Tu t’emballes sur la pierre
Tu t’esclaffe dans l’espace
Tu brilles au soleil
Tu chantes!
Tu m’entoures, me submerge
Tu rigoles dans mes veines
Tu t’illumines en mon esprit.
Nos coeurs et nos corps se rencontre
Je m’enchante!
Au confluent de la Matapegiag et de la Naspidwi
Nous nous enchantons!

Dans l’absorption de la Nature
Il y a ni devant, ni derrière
Ni éphémère, ni soie
Ni pêcheur, ni rivière
C’est l’eau dans l’eau
Les flots dans les flots
La Rivière dans le pêcheur
La soie dans l’éphémère
Derrière et devant ensemble
Tout y est, rien n’y est

Plutôt que de vous soucier des mauvais lancers,
mieux vaut vous mettre au repos et rester sans faire.
Ceux qui se sont produits, ne les laissez pas continuer ;
et ceux qui ne se sont pas encore produits, ne les laissez pas advenir.
Cela vaudra mieux pour vous que dix lancers de pérégrinations. »

« Dans le murmure de l’eau,
L’écho du temps présent.
Canne et soie, esprit et corps,
Unis dans la danse du moment.
La mouche se pose avec douceur,
Comme la pensée au cœur.
Le flux de la rivière est la voie,
Dans l’immobilité, l’éveil se déploie. »

Lorsque les obstacles s’évadent de notre vue,
L’excellence surhumaine s’épanouit, elle est vraie,
Sagesse et vision nobles prennent leur envol,
Dans le cœur du pêcheur un trésor qui s’étale.
Comme un torrent fougueux, une rivière qui court,
Si les canaux d’obstacles sont fermés, point n’est de détour,
Le courant demeure puissant, sans se dissiper,
Guidant la rivière vers l’horizon, loin, sans fléchir.
Comme une dette effacée, une maladie en fuite,
De prison et d’esclavage, une évasion sans suite,
Dans l’abri de la libération, nous trouvons un havre,
Les obstacles balayés, notre être retrouve son calme.
Ainsi, libérés des chaînes du tourment intérieur,
Comme le phénix qui renaît de ses cendres en douceur,
Les barrières tombent, laissant place à l’essor,
Dans la clarté intérieure, l’esprit trouve son trésor.

Un jour, je décidai de partir à la pêche à la mouche au milieu de la Naspidwi, cherchant à mettre en pratique le précieux Dharma. Pendant que je lançais ma ligne avec grâce et concentration, je méditais sur la leçon de Tilopa à Naropa, intitulée
« L’inconcevable immanence spontanée »,
en restant pleinement conscient de chaque mouvement.
J’observai soudain une libellule danser gracieusement au-dessus de ma tête, irradiant une tranquillité apaisante. Sa danse légère se fondait harmonieusement avec le murmure de l’eau.
La libellule semblait me dire :
« Je suis née du ciel et de l’eau,
Une créature nourrie par la nature.
Observe comment je virevolte,
Mes ailes se mouvant en toute liberté,
Un hommage aux mystères de la vie. »
Alors que j’étais immergé dans cette expérience, je compris que la nature elle-même était mon enseignement, et que je n’avais pas besoin de charger mon esprit de livres et de connaissances superflues. Tout ce dont j’avais besoin était présent dans l’instant.
La libellule continua de danser, offrant une leçon silencieuse aux pratiquants zen, nous rappelant que chaque aspect de la réalité est éphémère, tout comme elle-même. Ses ailes brillaient au soleil, puis, lentement, elle s’éloigna.
Cela me fit réaliser que je devais apprendre à embrasser l’impermanence de la vie, tout comme la libellule. Elle était un exemple vivant de la vacuité, nous rappelant que la beauté et la tranquillité que nous apprécions sont fugaces.
Puis, je fis face à la rivière et réfléchis sur ma propre existence. Tout comme la libellule, je vieillirai, ma vigueur diminuera, et finalement, je quitterai ce monde pour une nouvelle vie. Ces pensées ne m’effrayaient plus. La rivière, les arbres, et la libellule me montraient le chemin de la sérénité. Tout en continuant à pêcher à la mouche, je m’efforçai de suivre son exemple, de vivre en équanimité et de maintenir la contemplation du mode d’être de toute chose. La rivière coulait paisiblement, et j’étais en parfaite harmonie avec elle, libre de toute pensée.

Plaçant ma tête en signe de respect envers le maître, je lui rends hommage avec humilité :
Bénis-moi, afin que je puisse saisir la véritable essence de cette pratique.
Ô toi, héritier de la tradition de la pêche à la mouche,
Debout en équilibre, tel un pêcheur sur la soie de sa canne, balançant l’appât à l’avant et à l’arrière,
Ton corps aussi stable qu’une pierre au milieu du courant tranquille.
Reste serein,
Tes yeux comme ceux d’un pêcheur immobile, observant la danse de la soie.
Laisse ton esprit se détendre, souple et paisible,
Comme la ligne de pêche s’étirant doucement sur l’eau.
Dans cet état de calme, dans un espace dénué de pensées, tu feras l’expérience d’une clarté pure, aussi limpide qu’une rivière cristalline. C’est la vision suprême de la pêche à la mouche, une perfection lumineuse.
Maintiens-toi stable, immergé dans la pure luminosité, où l’agitation ne trouve plus sa place. La méditation devient non conceptuelle, sans la moindre imperfection, avec une clarté resplendissante. Quand une pensée émerge, quelle qu’elle soit, elle est simplement identifiée et ne perturbe plus ton état. Concentre-toi sur l’instant présent, observe ta nature authentique, sans effort, et constate comment ton esprit se détend naturellement, les pensées s’apaisant d’elles-mêmes.
À mesure que tu pratiques pendant de longues périodes, cela peut être comparé à une eau troublée qu’on laisse reposer, et la clarté innée de l’eau réapparaît. De la même manière, lorsque de nombreuses apparences se manifestent et que tu les perçois comme de simples reflets, la clarté naturelle de l’esprit devient de plus en plus évidente. Cela peut même conduire à l’émergence spontanée de diverses qualités, telles que la maîtrise de l’art de la pêche à la mouche.
Même si le maître incontesté de la pêche à la mouche se tenait devant toi, il n’aurait rien de plus à dire sur la pratique.
Même si le pêcheur le plus sage apparaissait, il n’aurait rien de plus à t’enseigner sur la façon de saisir chaque mouvement de la soie comme un geste méditatif.
Même si les experts éminents de la pêche à la mouche se rassemblaient, ils n’auraient rien de plus à ajouter concernant cette pratique.
Quant à moi, un pêcheur yogi, c’est ma pratique, et je n’ai pas de technique de pêche plus élevée à offrir.
Aussi méticuleuse que soit l’analyse que tu peux entreprendre, quand le vent souffle, il dissipe naturellement les nuages, révélant le ciel. Efforce-toi de percevoir la clarté vide, l’esprit lui-même, de la même manière – aucune compréhension n’est plus profonde. Reste simplement, sans créer ni analyser quoi que ce soit, et comme une eau laissée tranquille redevient limpide, tu verras la vacuité de l’esprit. Rien ne dépasse cela.
Il existe de nombreuses approches, mais la vision de la vacuité de l’esprit, libérée de toute saisie, est la perspective authentique de la pêche à la mouche. Lorsque la fin de la pêche approche pour ceux qui pratiquent ainsi, ils peuvent saisir la claire lumière du moment, tout comme l’omble prend délicatement l’éphémère dans le courant de la rivière.

Mon cœur se remplit de compassion pour tous les pêcheurs qui se tiennent au centre de la Naspidwi aujourd’hui,
Ceux-là mêmes qui, depuis l’aube des temps jusqu’à maintenant, ont pris soin de leurs lancés avec une infinie douceur.
Ces lancés précis m’ont guidé quand j’étais égaré,
Certains d’entre eux sont aujourd’hui perdus dans les méandres des rivières tumultueuses,
Où ils luttent contre les courants impétueux.
Pour eux, mon cœur se remplit de compassion.
Ces lancés aériens m’ont transporté quand je me sentais lourd,
Certains d’entre eux sont aujourd’hui pris dans les vents violents
Où ils affrontent les bourrasques glaciales.
Pour eux, mon cœur se remplit de compassion.
Ces lancés parfaits m’ont offert le festin de la libération,
Certains d’entre eux sont aujourd’hui égarés dans les eaux troubles
Où ils recherchent désespérément leur pitance.
Pour eux, mon cœur se remplit de compassion.
Ces lancés remplis de grâce m’ont accompagné avec bienveillance,
Certains d’entre eux sont aujourd’hui immergés dans les mystères des profondeurs,
Où ils endurent l’oppression et la servitude.
Pour eux, mon cœur se remplit de compassion.
Ces lancés qui ont exaucé tous mes vœux avec une délicate précision, Certains d’entre eux sont aujourd’hui pris dans les tourbillons de la vie humaine,
Où les attendent les fardeaux de la vieillesse et de la mortalité.
Pour eux, mon cœur se remplit de compassion.
Ces lancés qui m’ont protégé de tous les dangers,
Certains d’entre eux sont aujourd’hui enlisés dans les querelles et les conflits,
Où ils sont pris au piège des disputes.
Pour eux, mon cœur se remplit de compassion.
Ces lancés qui m’ont éduqué dans un souci constant de perfection,
Certains d’entre eux sont aujourd’hui égarés dans les hauteurs des cieux,
Où ils craignent la fin et la réincarnation.
Pour eux, mon cœur se remplit de compassion.
Par vos propres moyens, vous ne pouvez échapper aux tourments du torrent,
Et aujourd’hui, vous ne pouvez pas vous protéger vous-mêmes,
Pour vous, ô mes compagnons qui endurez tant de souffrance, mon cœur se remplit de compassion.
Quand je contemple ces souffrances que nous partageons tous,
Je me dis :
« Et si je pouvais atteindre la maîtrise pour enfin exécuter l’ultime lancer d’Éveil!
Non pas demain, mais dès aujourd’hui ! »
Et je nourris alors le vif désir de parvenir rapidement, très rapidement, à cette perfection,
Pour éliminer la souffrance de tous, mes propres compagnons et tous les autres,
Afin de les guider vers l’ultime félicité.
Alors que de nombreux pêcheurs humbles, toujours en quête de prises, se rassemblaient constamment au bord de la Naspidwi, une compassion irrésistible envers tous les êtres sensibles s’est élevée du plus profond de mon cœur, et j’ai écrit ces mots en larmes.