Catégorie : Dojo

  • Philosophie du Moshi-do

    Le moshi-dō n’est pas une technique, ni une méthode visant un résultat. C’est une manière d’être présent à un geste simple, sans chercher à en tirer un bénéfice. Dans cette voie, le lancer à la mouche n’est plus un moyen de capture, mais un acte d’attention. Le pratiquant se tient dans le dojo comme dans le monde, sans séparation entre l’espace intérieur et l’espace extérieur. L’eau, l’air, le corps et le regard forment un seul champ d’expérience.

    La mouche sans hameçon marque un renversement fondamental. Elle retire au geste toute finalité de prise. Il ne s’agit plus de tromper, d’attraper ou de posséder, mais de laisser apparaître la relation telle qu’elle est. Le lancer devient alors une exploration du mouvement juste. La précision n’est pas recherchée pour sa performance, mais pour sa sobriété. Un lancer trop appuyé révèle l’attachement. Un lancer trop retenu révèle la peur. Le geste juste se situe entre les deux, sans calcul.

    Dans le moshi-dō, on apprend à sentir avant d’agir. Le corps s’ajuste à la gravité, au souffle, à la résistance de l’air. La ligne n’est pas projetée, elle est accompagnée. Ce qui compte n’est pas la trajectoire parfaite, mais la qualité de présence qui l’a rendue possible. Lorsque l’esprit ne s’accroche plus à l’idée de réussite, le mouvement se simplifie de lui-même.

    Le poisson peut s’approcher de la mouche ou l’ignorer. Dans les deux cas, l’expérience est complète. Il n’y a ni victoire ni échec, car rien n’est mesuré. La rencontre, si elle a lieu, reste intacte, sans blessure ni appropriation. Le pratiquant découvre alors que l’essentiel ne réside pas dans l’événement, mais dans la disponibilité qui le précède.

    Le moshi-dō enseigne ainsi une forme de non-agir actif. Le geste est réel, précis, incarné, mais il ne cherche pas à s’imposer au monde. Il s’inscrit dans le flux des choses, puis disparaît. À force de répéter ce geste sans intention de gain, le pratiquant comprend que la liberté ne vient pas de ce que l’on obtient, mais de ce que l’on cesse de vouloir retenir.

  • LEURRE SANS LEURRE

    Une mouche sans hameçon,
    Dans le flux de la Naspidwi,
    L’esprit se libère.

    L’art du lancer à la mouche, dans la perspective zen, se transforme en une méditation en action. En utilisant des appâts sans hameçon, le pêcheur ne cherche pas à capturer un poisson, mais à se saisir de l’instant présent. Le geste devient l’essence même de la pratique, un mouvement fluide et conscient qui relie l’esprit au corps, et le tout à la nature. À l’instar du kyudo, où la quête n’est pas le résultat mais l’harmonie du geste, le lancer à la mouche sans intention de prise devient un chemin de présence totale. C’est un leurre sans leurre, un acte de pureté dans lequel le pratiquant se libère de tout attachement au résultat, se fondant dans la rivière, dans le ciel, dans le vent, et dans chaque mouvement. Dans cette danse silencieuse, l’esprit se trouve éveillé, affranchi de toute distraction, vivant l’instant sans attachement, tout comme la voie zen nous invite à faire.